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Podcast 036 par Heartbeat


Peux-tu te présenter ? Question fondamentale pour ceux qui ne te connaissent pas. Dement3d, ton histoire …
Je suis DJ sous le pseudonyme Heartbeat et je co-dirige DEMENT3D – un label français de musiques éléctroniques – avec Francois X et Nicolas Gendry.
J’ai attrappé le virus “musique” très tôt. 6-7 ans. Depuis je me vide les poches au jour-le-jour pour ma collection de disques, j’ai fait 15 ans de piano classique, joué dans un groupe de jazz, pris des cours (très jeune) à l’IRCAM, et avant tout je suis DJ depuis maintenant 11 ans. Les premières années j’ai rapidement amoncelé une très grosse collection de vinyls, je me suis acheté une rotary, j’ai saigné Soulseek, et surtout je me suis pris les claques de jeunesse qu’il fallait à Body & Soul / Shelter / Deep Space, Cheers/ Respect/ Rex, au Sonar, ou encore Fabric et Plastic People ; les coupables sont DJ Deep, Francois K, Carl Craig, Timmy Regisford, Laurent Garnier, Marcel Dettmann, Kerri Chandler, Surgeon, Jeff Mills, et même Richie Hawtin (eh oui même lui, Sonar 2005, pour ceux qui étaient là, ils me comprendront…)
En 2006 j’ai monté une soirée seul, DEMENT3D. A l’origine c’était juste ma petite résidence dans des clubs faciles à remplir avec un soundsystem pas trop mauvais, et je pouvais inviter mes amis à partager les platines. Avec tout de même, une furieuse envie de donner un coup de pied dans la ruche qu’était la scène parisienne à l’époque : j’avais l’impression que tout le monde se tirait dans les pattes et s’enfermait dans des querelles de clocher, moi ça me donnait juste l’envie de prendre le contre-pied, de me mettre dans une position un peu “outsider” et de faire un projet radical et sincère.
Au fil des années et de mes rencontres, notamment avec FX et Luc (Voiski) qui m’ont énormément apporté, DEMENT3D est devenu la soirée qui nous a servi de laboratoire d’expérimentation et de terrain d’accueil à Paris pour quelques-uns de nos artistes préférés : Moritz Von Oswald, Marcel Dettmann, DJ Pete, Shackleton, Regis, Function etc.
C’est cette soirée, d’inviter tous ces artistes emblématiques, et surtout les amitités qui en découlent qui nous ont permis de regrouper une famille d’artistes talentueux autour de nous, et d’évoluer vers une véritable structure et de nous positionner comme fer de lance de la scène parisienne.
Après deux saisons au Social Club, et un disque fantastique de dscrd déjà en train d’être pressé en vinyl, à l’été 2011, on a pris une décision tranchée et sans appel : DEMENT3D devient un label et ne sera plus une soirée. Cela semblait essentiel pour avoir un discours cohérent avec l’ambition qui dénote de nos choix artistiques très marqués.
De nouveaux projets de soirées ont vu le jour pour reprendre le flambeau : The Only Way Out, technolita., Club Lonely, et chez DEMENT3D on a sorti “Discordance EP” de dscrd, “Indirect Light” de Polar Inertia, puis dans quelques jours, “The Last Vehicle”, encore Polar Inertia.




Peux-tu décrire tes différentes activités et retracer les différentes étapes de ta construction en tant qu’acteur de la musique électronique ?
Question sensible, puisque 2012 aura été pour moi une année de transition, avec une activité assez intense et de nombreux projets. En 11 ans, j’ai été d’abord et avant tout DJ, puis j’ai rajouté l’organisation de soirées, le label management et le côté A&R, puis la promotion et le management d’artistes.
Aujourd’hui je souhaite me repositionner très clairement.
Dans un premier temps comme A&R et label manager de DEMENT3D, mais également manager d’artistes comme dscrd, Polar Inertia, Francois X, Voiski, Antigone, Percyl, As Patria. Il est aussi question de monter un second label, je suis d’ailleurs constamment à la recherche de nouveaux talents. A bon entendeur…
Dans un second temps mon objectif est de me concentrer sur ma musique. Pour 2013, je compte sortir plusieurs disques et remixs pour quelques labels qui m’ont contacté récemment, dans des registres différents, allant de techno à piano minimaliste…
Et puis évidemment, je reste avant tout un DJ, collectionneur et passionné, avec beaucoup de choses à raconter et un point de vue / une passion à défendre. Il y a aussi ce nouveau projet qu’on a lancé avec Voiski. HBTVSK, j’ai envie qu’on fasse ce live ensemble aussi souvent que possible.


Julien H. en tant que promoteur parisien ? La place que tu entends occuper sur la scène parisienne ?
Je ne me définis pas vraiment comme “promoteur”, mais c’est sans doute un terme qui va encore me coller à la peau quelques temps même si Jusqu’à maintenant, c’est l’organisation de soirées qui m’a pris le plus clair de mon temps.
Il me semble maintenant nécessaire de tourner la page.
J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour que des artistes de l’étranger viennent à Paris, et faire découvrir à un nouveau public la musique que j’aime. Parfois, au prix d’efforts assez déraisonnables, voire de dépenses inconsidérées, et parfois même au mépris de ma vie professionnelle et privée. Aujourd’hui, loin de regretter toutes ces folies, j’ai un sentiment de “mission accomplie”.
On est évidemment pas les seuls à avoir eu une influence, on est juste des activistes parmi tant d’autres, mais aujourd’hui je regarde les line ups proposés à Paris par Sonotown, Concrete, Technorama, et bien évidemment The Only Way Out et tous les autres… et je me dis qu’on a plus grand chose à envier à Berlin.
Aujourd’hui, j’ai déjà le sentiment que mon rôle s’est inversé ; que c’est à présent pour les talents de la scène parisienne que je dois concentrer mes efforts, pour leur permettre de rayonner à l’international. Surtout le côté management et A&R : les accompagner dans leurs projets et leurs signatures pour que leur travail soit présenté au mieux et mis sur le devant de la scène.
On a déjà de beaux succès : dscrd signent un maxi sur Stroboscopic Artefacts à sortir en août, Percyl vont eux aussi signer sur un label berlinois, les disques déjà sortis de Voiski sur Construct Reform, ceux de Francois X sur Deeply Rooted House. Les bookings aussi décollent assez vite : notamment Percyl et Francois X qui ont joué récemment au Tresor. Sans parler de l’accueil qui a été fait pour les disques de dscrd et Polar Inertia sur DEMENT3D.
En un mot, pour parodier un proverbe ; on va dire que les soirées s’envolent mais les disques restent. J’ai décidé aujourd’hui de prendre la barre un peu plus fermement et de redonner le cap.





La figure du promoteur. Intrinsèquement. Si tu devais définir cette “fonction”.
Le promoteur, c’est la tête brûlée qui se met en première ligne et qui crée une dynamique collective autour de ses idées et de sa vision des choses.
Définir cette fonction, c’est assez délicat : les promoteurs, en général, fonctionnent de façon très intuitive et sont dépendants de leur entourage, il n’y en a pas deux identiques.
Au passage, tous pensent être là par pure passion, mais en réalité chacun cherche un intérêt et une reconnaissance différente.
Personnellement, ma motivation depuis le début, c’était de rassembler une scène, une famille d’artistes, un label. Et pour être tout à fait honnête et sans fausse modestie, je me suis retrouvé totalement dépassé par les évènements et par ce que DEMENT3D est devenu ; c’est au-delà de mes espérances !


Promoteur = Activiste ? Le futur de la profession ? Un métier indépendant ou la nécessité de considérer cette activité comme annexe ?
Activiste, pour moi ça va de soi. Je suis devenu promoteur parce que je suis profondément activiste, pas l’inverse.
Le futur de la profession ? question intéressante… Qui explique aussi partiellement mon choix de m’éloigner de l’organisation de soirées.
J’ai vu en 10 ans la nuit et les clubs se professionnaliser peu à peu. On partait au début des années 2000 avec des deals de limonadiers dans des clubs louches et de l’argent au black. Aujourd’hui, on monte des grosses prods et les plateaux sont financés par des sponsors ou par des frais de locations moins chers dans des hangars en banlieue.
Dans ce contexte, je pense qu’on ne peut plus considérer cette activité comme annexe, ceux qui pourront tirer leur épingle du jeu sont ceux qui feront le choix d’être promoteurs à plein temps. Pour moi, raison de plus pour prendre la tangente. Hors de question de laisser tomber le label, les artistes, ou le DJing.


La relève ?
C’était l’objectif de l’année pour moi. Passer le relais, sur le plan des projets de soirées, autant que faire ce peu. C’est un sacré challenge, mais j’ai eu la chance d’être très bien entouré.
En particulier, le collectif The Only Way Out, qui organise la soirée du 6 juillet au Batofar avec Silent Servant, Polar Inertia, Francois X et ma pomme.
technolita. et Club Lonely continueront aussi à la rentrée, mais eux aussi sans que je fasse partie de l’organisation, et surtout, sans que j’y joue systématiquement. Ce sera à eux de constituer tous les line ups sans mon influence, et de reprendre le flambeau du programmateur en gardant le même souci de radicalité et de sincérité qu’on a toujours essayé de représenter avec DEMENT3D, T.O.W.O. et le reste.


Un regret ?
Pas grand chose. Le premier c’est de ne pas avoir acheté une 909 il y a 10 ans, quand on pouvait encore en trouver à moins de 500€. Le second, c’est de n’avoir pas pu continuer à jouer du piano avec un groupe de jazz. Peu de gens savent à quel point l’expérience de jouer en groupe peut t’apprendre des choses très profondes sur la dimension humaine de la musique.
Pour le reste…


Une fierté ?
DEMENT3D

par Sntwn

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