Interview : Shabazz Palaces
Shabazz Palaces est-il le meilleur groupe de Hip Hop du monde ?
Peut être pas ou peut être bien. C’est une question de point de vue.
Cependant, crier sur tous les toits qu’il s’agit de l’une des entités musicales les plus intéressantes du moment relève de l’évidence.
Originaire de Seattle, leur discographie, tout comme leur biographie, ne se résume pas à un article Wikipedia. Tournants complexes, évolutions et parcours sinueux qui vont de pair avec un discours revendicateur et engagé.
Paroles :
Pouvez vous vous présenter et évoquer votre rencontre, votre parcours.
Nous sommes Palaceer et Baba Maraire et nous formons Shabazz Palaces. Nous nous sommes rencontrés il y a huit ans environ, à Seattle, et nous avons commencé à faire de la musique il y a cinq ans environ.
Quel est votre point de vue sur l’évolution du Hip Hop ?
L’évolution du Hip Hop aux États Unis va de pair avec la situation économique du pays.
Ce mouvement est né là où les gens n’avaient pas d’argent. C’est initialement une musique de pauvres, une musique urbaine, un mode d’expression typique du Bronx. Ce n’est pas évident d’expliquer cela, mais lorsque l’on regarde les conditions dans lesquelles il est apparu, on peut y déceler quelques facteurs.
Au fil des années, notamment via les bouleversements politiques, cette musique a évolué. Cette remarque n’est pas uniquement valable pour le Hip Hop. Elle l’est pour l’ensemble des mouvements artistiques. La période Bush est celle des dérèglements, de la naissance de fortunes extrêmement importantes. On a pu voir cette montée du matérialisme dans le Hip Hop. C’est rapidement devenu une question d’argent. Un enjeu majeur.
Maintenant, avec Obama, nous sortons de cette époque matérialiste. Nous entrons dans une ère plus intègre, avec plus de matière et de valeurs. Avec en filigrane un certain rejet de ce matérialisme. C’est la fin d’une ère et sans doute le début de quelque chose.
Si l’on s’arrête sur la structure politique des Etats-Unis, le Hip Hop reflète parfaitement la société américaine. Une rencontre entre les privilégiés et les défavorisés.

Pourquoi avoir signé sur Sub Pop où vous êtes d’ailleurs l’unique groupe de Hip Hop ?
Il y a un autre groupe de Hip Hop sur Sub Pop, THeeSatisfaction.
Quand Sub Pop est né, ils ont commencé à produire et signer des musiciens qu’ils appréciaient vraiment. Des artistes qu’ils défendaient tout simplement parce qu’ils correspondaient à leur goût, à leur expertise. Ils font partie de ces gens qui ne feront jamais ce qu’ils ne savent pas faire. Ils se concentrent sur ce qu’ils aiment et n’ont jamais dévié de cela.
Mais à cette époque, il y a plus de 20 ans, la musique était beaucoup plus facile à classifier. Tu avais le rock, le grunge, le hip hop, le punk rock, la pop music… Même si certains courants s’alimentaient ponctuellement tout cela ne se mélangeait pas trop.
Puis avec le temps les barrières ont explosé.
Les gens de Sub Pop ont senti cela. Je ne pense pas qu’ils se soient précipités. Ils ont aimé notre musique et on a signé chez eux. Tout simplement.

Votre album Black Up et son message.
Ce message, ce n’est pas une invention c’est un message que nous comprenons.
Si tu te dis “acteur de quelque chose”, peu importe que tu sois écrivain, réalisateur de films, musicien ou encore acteur, tu dois le porter en toi, chaque jour. Tu dois vraiment l’aimer.
Tu n’as pas envie de faire quelque chose que tu n’aimes pas, ou qui ne t’attire pas.
Tu fais ça parce que tu ne peux rien faire d’autre, instinctivement.
Si tu poursuis ces choses, que tu y sois prédisposé à vouloir il n’y aura pas de grands ou de petits succès, tu vis juste la vie que tu dois vivre. Ce message c’est ce que tu as de plus cher.
Les titres de vos morceaux ont-il une signification particulière ?
On y pensait dernièrement. Au nom que portent les choses. En général, le nom d’un morceau n’est qu’une appellation. Cela n’a pas d’autre objectif que de permettre aux gens de distinguer un morceau d’un autre.
Cela facilite la vente. Plus le nom est facile à retenir, plus il est facile à vendre, plus on se fait d’argent.
Beaucoup de personnes nomment leur morceau a posteriori de sa conception. C’est une erreur parce que le nom est un facteur important, il est attaché à jamais à la création.
Pour Black Up, on ne s’est pas dit qu’il fallait limiter le nom à deux mots. Il aurait pu tout aussi bien en contenir bien plus.
Le Hip Hop dans ce qu’il a d’originellement créatif se doit d’apporter une attention particulière au nom. Il doit garder cet esprit du début, oú chacun donnait vraiment de l’importance à ce qu’il apportait, à sa musique. Chacun doit prendre soin des autres, chacun doit faire attention à ce que les autres font, à leur musique.
La musique n’est pas une question d’argent, de look, de prestation scénique.
Nous n’aimons pas cela, c’est ce qui fait que nous sommes fiers de représenter quelque chose de différent, qui nous ramène à nos racines musicales. Nous sommes fiers d’être en opposition avec ce type de mentalité. Tout ces mecs avec leur propres labels, avec leurs publicistes, leurs managers, leur agence de booking … par tous ces biais là, ils ne font que se tenir à l’écart de ce qu’est vraiment la musique. Et par la même de leur public.
La presse, les interviews, ca ne sert qu’à se mettre en opposition avec la façon dont on s’exprime soi même. Il y a tout le temps des gens derrière ces mecs pour contrôler leur image et leur dire “non, ne fais pas ci, ou ça”.
On pense qu’il faut juste aller au delà de tout ça, que cela représente une entrave, un obstacle. Nous voulons faire de la musique, rester Hip Hop, ne jamais penser à ce que les gens extérieurs pensent. C’est notre façon de vivre et de penser la musique. Et on ne s’en préoccupe même pas, c’est notre façon d’être.
Votre album ou morceau de chevet du moment.
THeeSatisfaction, NaturalE
Apportez-vous un soin particulier aux artworks et à l’image en particulier. Le trailer de Black Up est … marquant.
Pour l’artwork, ce sont de réelles collaborations et nous essayons à chaque fois de travailler avec des artistes dont nous apprécions vraiment le travail. Quoi qu’ils fassent, nous savons que nous pouvons leur faire confiance. Nous aimons bien le fait de les laisser aller à leur propre interprétation de notre musique mais, il arrive aussi souvent, que nous ayons des visions de ce que l’on aura envie de montrer, sans jamais imposer quoi que ce soit. On en discute beaucoup et prenons des décisions ensemble.
2012 ? Une élévation de la conscience humaine ou le chaos ?
Nous aimons bien les deux ! Ces temps-ci, nous pensons que le chaos peut nous conduire à une élévation de la conscience humaine, nécessairement ! Tout se nourrit de tout, ce sont des cycles. Mais le chaos représente une certaine forme de liberté…
Donc le chaos ET l’élévation de la conscience humaine.
par Marylou G.








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