Interview : Boddika
Ici même une interview de Boddika, réalisée en collaboration avec nos amis de Release The Groove de chez Radio Campus, à l’occasion de la Sntwn du 6 janvier dernier à la Machine du Moulin Rouge avec 2562 et Polar Inertia.
Interview quelque peu débridée d’un des acteurs les plus intéressants de la musique électronique actuelle, père du projet Instra:mental et récemment collaborateur de Joy Orbison.

Ta musique oscille entre sonorités froides et sonorités chaudes. Tu utilises beaucoup de hardwares et tu dois logiquement être influencé par la techno de Detroit old school ?
Oui je suis évidemment un grand fan de Detroit. En fait j’ai grandi en écoutant de la Jungle, de la Drum & Bass, du Hardcore et après quelques années je me suis mis à écouter de la Techno. C’est en découvrant Drexciya que j’ai commencé à m’intéresser vraiment à tout ça. La façon dont ils amenaient leur musique et la manière dont elle sonnait. Je m’en inspire, tout le monde peut s’en rendre compte, mais en même temps je n’aime pas reproduire ce qui a déjà été fait. Ce n’est pas ça l’intérêt de la composition. Si quelque chose que j’écris sonne trop familier je le jette. Il faut chercher son propre son à partir de ce qui t’inspire.
Je me sers de machine drums et d’amplis Swims, c’est pour moi la seule comparaison possible. Je ne les copie pas, je m’en inspire à ma manière en quelque sorte.
Pour moi tu représentes le nouveau style de la techno de Detroit.
C’est intéressant d’entendre ça mais aussi un peu flippant. Je n’y fais pas trop attention. Tout ce que je fais c’est enregistrer différentes partitions et écrire la musique que j’aime. C’est difficile d’en parler, ça tient de l’inconscient. C’est assez étrange d’entendre les gens faire ce genre de rapprochement. Ca rentre par une oreille, puis ça sort par une autre, parce que tout ce que je fais, musicalement, je le fais d’abord pour moi-même, et si des gens, à l’extérieur de mon studio l’apprécient, alors c’est fantastique. Mais il n’y a rien d’autre derrière tout ça, ça vient de ma tête, et c’est tout.
Producteur ou Dj ?
Je me suis toujours senti producteur, a fortiori à l’époque d’Instra:mental. Je n’étais pas très à l’aise avec le fait de mixer pendant longtemps. J’ai commencé à me sentir bien avec Boddika.
Cette musique me donnait accès à un plus grand panel de disques. La house, la techno, c’est 25 ans d’histoire ! Et ça représente une infinité de morceaux qui attendent d’être sortis de leurs putains de tiroirs. Maintenant, sur les douze derniers mois, c’est plus difficile de répondre à ta question parce que j’apprécie vraiment le fait de mixer, bien plus que par le passé. Je me considère toujours comme un producteur mais j’ai sérieusement élevé mon niveau en tant que DJ.
Quand tu regardes les classements et autres charts, il y a une part de surenchère : dans combien de pays tu as joué, combien de gens t’ont vus. Je ne suis pas adepte des longs courriers et si ça doit me pénaliser en tant que DJ, alors qu’il en soit ainsi.
Un LP Boddika en prévision ?
Ce matin j’étais au téléphone avec Loefah et il m’a demandé : « Quand est-ce que tu écris un album ? ».
Pour moi un album a besoin d’un concept alors qu’en même temps je produis avant tout de la musique sur laquelle danser.
Le problème c’est que je pourrais facilement entrer dans l’écriture d’un album qui ne serait pas forcément ce que les gens attendent de Boddika.
Bref je te dis ça mais en fait je vais le faire cet album sur Swamp, et il sera terminé d’ici la fin de l’année. C’est une exclu, pour ce qu’elle vaut. Je pense qu’il y aura entre six et huit titres originaux, des morceaux auxquels je veux redonner une seconde vie, des morceaux plus lents, des interludes. Du physique et peut être même du digital. Ecrire un album, sans concept.

Boddika, club ou cérébrale ?
Ouais il y a un peu des deux. Par exemple, il y a pas mal de trucs très conceptuels et cinématographiques que j’ai sorti récemment sur le label Darkestral, sous un autre pseudo, Grey Goo. L’heure viendra où je me dirai qu’il faut que je me remette à écrire des morceaux dans ce genre, mais pour le moment, je veux me concentrer sur Boddika, le projet, le dance floor, la Bass Music, en gros tout ce qui a trait à Swamp. Je veux faire plus de sorties de ce type, parce que Swamp 81 est pour moi le meilleur label du monde à l’heure actuelle dans ce domaine.
Pourquoi autant de temps pour une sortie de disque ?
C’est un cas particulier, il y a eu quelques complications. On est tous un peu plus âgés maintenant, tout ne peut pas être fait d’un coup, on a des enfants, des familles, d’autres engagements aussi. Du coup il y a eu un temps d’arrêt. Nous en sommes conscients en particulier pour Swims, mais bon cela ne va pas devenir une habitude pour autant.
Je reviens sur ton appréhension de l’hardware.
Quand on a commencé à bosser sur Instra:mental nos séquences, notre logique étaient essentiellement basées sur le hardware et on ne se servait que de quelques plugins. Il m’a fallu du temps pour comprendre d’ou venait cette force, ce punch, cette puissance. Les gens avaient faim de ça. Cela m’a pris du temps pour réaliser pourquoi un son pouvait sonner d’une manière et pas d’une autre. Aujourd’hui je maitrise mieux mon processus, c’est ce qui me donne confiance.
Je travaille à partir des 3 machines différentes : une pour enregistrer ma base, une pour les drums, et une pour les morceaux assemblés. Ce sont ces 3 machines qui donnent ce son. Elles font sonner ma musique différemment même si elles m’obligent un peu à me battre.
Tu possèdes cette faculté à produire de la techno glaciale mais il y a toujours une source de lumière dans ta musique.
J’imagine qu’à chaque fois que le soleil se couche, c’est la nuit, il fait froid, et puis le soleil se lève à nouveau. Il faut sans doute qu’il y ait un rayon de lumière.
Cela revient à ce que je te disais tout à l’heure, c’est quelque chose que je ne fais pas consciemment. Je fume énormément d’herbe en studio, beaucoup plus rarement en dehors. Ça me met exactement là où je dois être. Je ne suis jamais satisfait à 100% de mes morceaux, et ça beaucoup d’artistes te le diront. Personne n’est jamais complètement satisfait. Je ne peux pas t’expliquer, c’est juste comme ça que ça marche.

Si tu peux évoquer ta collaboration avec Joy Orbison
Je pense pouvoir travailler avec n’importe qui, à voir si ça marche ou pas. Ce n’est pas une question de talent mais d’entente. J’ai déjà essayé avec plusieurs personnes, comme Skream ou dBridge… et c’était plutôt réussi. Il y a d’autres personnes avec qui ça n’a pas marché, je ne vous donnerai pas de nom (rires).
Avec Joy Orbison, je n’avais aucune idée de la manière dont ça allait se dérouler. Pour travailler avec quelqu’un j’ai besoin de savoir s’il est passionné de musique, s’il fait ça pour les bonnes raisons. Joy Orbison est quelqu’un de très pointilleux, c’est d’ailleurs pour ça qu’il ne multiplie pas les sorties. Je pense que l’on a trouvé un excellent juste milieu. On a fini Swims en très peu de temps. C’était dingue. On adore ce morceau et à partir de là on a continué à avancer sur d’autres pistes. J’aime expérimenter, et il est très ouvert à ça lui aussi. J’adore le challenge, j’adore essayer de faire quelque chose sans me soucier des conventions. C’est une personne que j’apprécie et je l’apprécie en tant qu’artiste pour sa vision et ses idées. Je dirais même que je travaille plus vite avec lui que seul, où je peux parfois avoir tendance à m’embrouiller. Il sait que je suis en train de peaufiner un son, travailler sur la mélodie, le beat. Il se pose derrière moi et réfléchit aux prochaines étapes pendant que je développe le morceau.
Bon vous savez qu’on monte un label ensemble, et qu’il va y avoir bien plus de musique de notre part à l’avenir, c’est certain. Un album sans doute.
Pourquoi tu ne veux pas utiliser un nouveau nom pour cette collaboration, comme pour le premier Sicko Cell ?
Ce n’est pas moi qui est écrit Sicko Cell.
Je pensais que c’était une collaboration ?!
C’est peut être moi ou peut-être pas. Personne ne sait qui a écrit les sons de Sicko Cell, que ce soit clair.
La raison pour laquelle on ne veut pas se servir d’un nom pour notre collaboration c’est tout simplement parce que rien ne nous est venu naturellement. On y a pensé et je peux très bien faire quelque chose de nouveau sans avoir à me produire sous une autre identité. Si ça ne vient pas naturellement, alors tu restes avec ce que tu as. Et c’est pour ça que c’est Boddika et Joy O ou Joy O et Boddika, mets le dans le sens que tu veux. Parce que ça c’est nous faisant ce qu’on fait. Je ne force jamais rien.
Merci !
Et bien merci à vous !
par Josselin S., Martin D. & Ferdinand A.







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