Mind Bokeh
Bibio
Label : Warp (WARP209)
Date de sortie : 4 avril 2011
Depuis mars dernier, la perspective d’un nouvel album de Bibio a excité tout le petit monde de la blogosphère. Faites le test en googlant son nom et vous verrez les commentaires dithyrambiques sur le jeune homme. Dans les diverses critiques de Mind Bokeh, impossible également de passer à côté d’Ambivalence Avenue, sa première collaboration avec le prestigieux label Warp en 2009. Quoi de plus normal après tout, Stephen James Wilkinson nous avait scotché au plafond avec son cocktail mélancolique d’ambient, d’electronica et de folk music. Pour son back to business, on pourrait ressortir tous les poncifs sur l’album de la consécration ou de la déception, sur les attentes des fans ou sur la difficulté de rebondir après avoir sorti un chef d’œuvre. On se contentera de voir si Bibio n’a pas perdu de son modjo.

Pour ce nouvel opus, il semblerait que le bonhomme ait eu quelques ambitions. Réunir du familier et du non-familier avec comme toile de fond une volonté de flou artistique (le bokeh/flou photographique) et de méditation (le côté mind). Un peu pompeux surtout quand le résultat est totalement à l’opposé. En effet Bibio, à l’instar d’un James Blake virant sa cuti dubstep, tourne le dos à la folktronica pour une electro-pop ensoleillée voire carrément naïve. Pis, on a l’impression ici d’avoir affaire à un patchwork sans véritable profondeur. Là où Ambivalence Avenue était un véritable rollercoaster d’émotion, Mind Bokeh peine à nous emporter. Car si l’ensemble n’est pas déplaisant, il ne décolle qu’à de rares occasions. Les titres Excuses et surtout More Excuses (un petit côté Squarepusher sur les bords) ressemblent à ce que Bibio sait faire de mieux et sont les seuls vrais moments de grâce avec le trop court Feminine Eye.
Pour le reste, on navigue entre du déjà-vu et de l’anecdotique. À vouloir changer de registre, Bibio loupe son virage pop et ne parvient pas à se réinventer. Quand il ne s’agit pas du « plagiat » de Toro Y Moi avec Pretentious (Chill Wave mielleuse avec saxo à la Sante Barbara), de Hudson Mohawke avec l’abstract hip-hop de Anything New (un peu rattrapé sur la fin par son vocoder catchy) ou de Phoenix avec le mauvais Take Off Your Shirt (à moins que se soit du second degré), Mind Bokeh contient des titres dispensables comme K is For Kelson à se taper la tête contre les murs, Artists’ Valley ou le titre éponyme, coupure expérimentale ratée. On essaie d’y croire l’espace de quelques morceaux comme Light Sleep, funky à souhait avec son clavier à la Gill Scott Heron et l’entraînant Wake Up! qui démontrent les talents de producteurs de Bibio et sa maîtrise des instruments vintage. Malheureusement Saint Christopher, censé être un final en apothéose, retombe comme un soufflet pour nous laisser un goût d’inachevé.
Au final, un album en demi-teinte qui aura eu le mérite de servir à Bibio de terrain d’expérimentation et d’être calibré pour le mainstream (quelques diffusions sur Nova se profilent !). Un album de transition surtout , qui lui permettra de se dégager du lourd poids d’Ambivalence Avenue pour revenir, bientôt espérons-le, vers des productions plus conformes à son immense talent.
par Guillaume Z.






- Tous droits réservés