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Abstractions I-IV

Sigha

Label : Hotflush (HF031)
Date de sortie : 20 février 2012

Les débuts de James Shaw sur Hotflush l’ont rapidement érigé en pilier du label anglais. Constat plutôt paradoxal au regard des productions très berlinoises du producteur, minimaleuse (comme sur Shake) et principalement dubtech, de Rawww au remix d’Early Morning Lights par Marcel Dettmann.

Si certains s’inquiètent de la migration de style du Londonien (voir la chronique d’XLR8R), passant d’expérimentations mélangeant techno et dubstep à une techno plutôt Ostgut Ton, il n’y a rien de véritablement surprenant à cela. Mis à part sa collaboration avec Spherix sur Immerse Records et ses prémices sur Hotflush (On The Strip reste cependant bourré de résonances métalliques), tout semblait enclin à voir son style évoluer vers des sonorités dubtechno sombres et caverneuses (comme l’ultra sérieux et scotchant Politics of Dying). Le problème, si problème il y a, se situe plutôt dans le tournant pris ici, l’amenant assez loin de ce que sort Hotflush habituellement et provoquant du même coup une forme d’incompréhension.




La musique de Sigha prend ici une forme nouvelle. Si la jolie froideur que l’on trouvait sur Expansions par exemple est toujours là, ses productions se veulent plus agressives, oppressantes et métalliques.

Abstractions I-IV ressemble à un mauvais rêve dont l’endormi, consciemment attiré vers le fond, tente de s’extraire entre élans de survie et renoncement.
Tout commence avec Something In Between Us, une sorte de chant brumeux et flou de sirènes des mers froides (sans doute compatriotes de The Field) que rencontreraient les inconditionnels du Berghain une fois dehors, enfin décidés à affronter la lumière.
Sur Where I Come To Forget, nous suivons Sigha jusqu’à une imposante porte dont l’accès semble interdit. La fatigue nous envahit, les coups s’assourdissent et la transe gagne l’ensemble d’un corps tracassé aux forces insoupçonnées. Nous finissons malgré tout par nous y introduire.
Lorsque Thom Yorke cherche à échapper à une pression incontrôlable le temps d’un concert, il écrit How to Disappear Completely, un des plus beaux morceaux du groupe d’Abingdon. Sigha, lui, emprunte des tunnels métalliques habités de fantômes à une allure épileptique sur How to Disappear.
Le EP se termine sur Drown. Nous le savions, nous étions prévenus. Tout cela allait mal finir. Nécessairement. Le beat s’alourdit, la teinte s’épaissit. La production cogite et l’on sombre impuissant dans un épais nuage sonore, peuplé de voix fantomatiques et de cliquetis, pour finir perdu, noyé, abandonné, sans résistance, au fond de l’eau.

Autant vous dire qu’entre Abstractions I-IV et le prochain Jimmy Edgar, le grand écart est désormais de mise au sein de l’écurie de Paul Rose.
Hotflush pourrait y voir l’occasion d’élargir son public, ce qui n’aurait rien d’étonnant à la vue des dernières sorties du label, Scuba et Locked Groove en tête, s’inscrivant dans un raisonnement proche du Warp des années 90, sans réelle frontière, mais avec une patte largement reconnaissable.

Pour rappel Sigha, après un premier passage remarqué au Point FMR en octobre dernier au coté de Jacques Greene, sera de retour à Paris le 27 avril prochain au Batofar, à l’initiative du collectif Exploration Music.

par Ferdinand A.

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