Indirect Light
Polar Inertia
Label : Dement3d (DM3D002)
Date de sortie : 03 mars 2012
Structure protéiforme lancée comme un concept de soirée, Dement3d a su en quelques années se faire un nom de choix au sein d’une belle communauté d’electronic addicts et offrir quelques nuits mémorables aux noctambules de la capitale autour de personnalités comme DJ Deep, Planetary Assault System, Shifted, Marcel Fengler, Dettmann, Regis et Function, Surgeon, Scuba ou encore Joy Orbison.
Après des années de gestation, Dement3d a su se structurer en tant que label et nous offrir un magnifique premier EP estampillé Dscrd qui a instantanément suscité un soutien unanime chez nombre de piliers de la scène techno.
Proche de Sntwn, Dscrd oblige, et coproducteur à nos côtés de Moritz Von Ostwald Trio au New Morning en octobre dernier, nous ne pouvions passer sous silence leur seconde sortie, premier EP de Polar Inertia, intitulé Indirect Light.
Ce collectif aux contours vaporeux, incluant dans ses rangs un designer, des vidéastes et un expert du Spoken Word, est avant tout le fruit du travail d’un duo de compositeurs, pères d’une musique sombre, très sombre. Indirect Light marque très clairement les ponts qui existent entre les deux premiers projets Dement3d et leur direction artistique, quelque part entre anticipation post-apocalyptique et sound design contemporain, posséde quelque chose de singulier, de véritablement identifiable.
Comme si la couleur du label se définissait, dès ses origines, d’un fondu au noir, sans toutefois tomber dans la résignation.
Et c’est sur ce point que Polar Inertia joue sa plus belle carte.
Le disque s’ouvre sur un Indirect Light proche de l’univers de Blade Runner ou de Pi. Monologue inquiet à la voix subtilement compressée, posée sur des lignes de drones métalliques aux résonances fines et filtrées, le morceau d’ouverture nous situe directement en plein coeur du sujet. Mieux qu’une vidéo, la puissance cinématique de cette introduction est le meilleur moyen d’ouvrir le grand Black Sun et ses dix minutes de techno lourde de sens.

Black Sun est hypnotique, puissant, rampant. Il jette sa lumière noire sur les quelques espoirs que l’auditeur aurait dû délaisser dès la première piste. Les deux premières minutes laissent apparaître un jeu de kicks feutrés et une rythmique faite de contrastes, jouant de percussions dans l’aigu et de lignes de drones rappelant les feed-backs inquiets du post-rock. C’est au moment de la deuxième salve de hi-hats que le morceau trouve toute sa dynamique techno, plongeant l’auditeur dans une transe que vient relever une montée de synthé aussitôt remplacée par une ligne d’infrabasses menaçantes. Cette dernière ne nous quittera plus que pour laisser place à un final de dubs industriels, emmenant l’ensemble du morceau vers un terrain plus lumineux, en suspend.
Sole Star est quant à lui définitivement techno, son introduction ne laissant aucune place au doute. Son kick massif et bondissant résonne comme une nuit de Berghain, pour une grand messe de la noirceur. Composé d’éléments rythmiques plus nombreux, et plus présents, Sole Star est un morceau aux multiples portes d’entrée. Certains y trouveront une filiation directe avec les belles heures de Sandwell, d’autres plus sensibles à la rythmique se laisseront porter par le beat. Presque neuf minutes sont passées, l’impression d’espace bien réelle.
En signant un deuxième EP aussi réussi, Dement3d confirme tout le bien que l’on pense d’eux, et propose une sortie techno absolument crédible, adulte et mature. Loin des clichés – malgré la filiation parfois plus qu’évidente à Sandwell District et autres maîtres de la noirceur digitale – la musique de Polar Inertia prend son temps et nous offre une chance de contempler quelques pages sombres et fantasmagoriques de notre imaginaire.
Si sombre et étrangement si libératoire.
par Pierre S.









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